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Changer une roue au bord de la route sans se mettre en danger

Sur autoroute, on ne sort pas le cric : gilet, feux de détresse, refuge derrière la glissière, borne d'appel. Ailleurs, la roue se change dans cet ordre.

La rédactionPublié le

Photographie : un automobiliste en gilet de haute visibilité changeant une roue sur un accotement, à l écart de la circulation
Photographie Emilie Leenaerts · Pexels

Ce qui blesse en changeant une roue, ce n’est presque jamais la roue : c’est l’endroit. Sur autoroute et sur voie rapide, on ne sort pas le cric. On se range le plus à droite possible, on enfile le gilet avant d’ouvrir la portière, on allume les feux de détresse, on sort du côté opposé à la circulation, on passe derrière la glissière et on appelle depuis une borne. Partout ailleurs, la roue se change à condition d’être hors de la trajectoire des autres, sur un sol dur, roues calées. Le reste tient dans un ordre de gestes.

Où s’arrête-t-on quand un pneu lâche ?

Un pneu qui se dégonfle vite tire la voiture d’un côté et alourdit la direction. Le réflexe qui sauve est de ne pas freiner brutalement. On tient le volant à deux mains, on lève le pied, on laisse la vitesse tomber, et on cherche un endroit pendant que la voiture ralentit encore.

Ce qu’on cherche, dans l’ordre de préférence : une sortie proche, une aire, un parking, un chemin, un accotement large et plat. Un mauvais endroit atteint à petite vitesse vaut mieux qu’un bon endroit atteint dans le fossé. Rouler quelques dizaines de mètres sur une jante détruit le pneu, parfois la jante : c’est un dégât matériel, pas un risque vital, et il se compare à ce qu’on gagne en distance.

Sur autoroute, l’endroit se limite à la bande d’arrêt d’urgence ou à un refuge, garé le plus à droite possible, roues braquées vers l’extérieur. Sur une route ordinaire, on vise un endroit dégagé, loin d’un virage et d’un sommet de côte, hors de la chaussée si c’est possible.

Pourquoi ne sort-on pas le cric sur une autoroute ?

Parce que la bande d’arrêt d’urgence n’est pas un atelier. Interrogé par un opérateur autoroutier, un juriste le dit sans détour : cette bande est faite pour s’arrêter en urgence, pas pour faire de la mécanique, et la consigne tient en une phrase, aller à la borne la plus proche pour appeler sans sortir le cric.

Le raisonnement est simple à suivre. Changer une roue prend de longues minutes. Pendant tout ce temps, on est accroupi, dos à la circulation, la tête à hauteur de pare-chocs, à un pas de véhicules qui passent à pleine vitesse. Le souffle d’un poids lourd suffit à faire bouger une voiture posée sur un cric de bord, dont l’embase est étroite. Et si la roue crevée est du côté gauche, il faut travailler entre la voiture et les voies.

La bonne séquence sur autoroute ne comporte aucun outil. Feux de détresse, gilet enfilé à l’intérieur du véhicule, sortie par la droite pour tout le monde, passage derrière la glissière, puis appel. L’opérateur autoroutier le résume ainsi : quitter le véhicule et se mettre derrière les glissières de sécurité, le plus loin possible des voies de circulation. On ne reste pas dans la voiture non plus. Une voiture arrêtée sur la bande est ce qu’un conducteur endormi vient percuter.

On se place en retrait du véhicule, pas juste derrière lui : un choc pousse la voiture, et il vaut mieux ne pas être sur la trajectoire de ce qu’elle prendrait. La borne d’appel donne au dépanneur la position exacte, ce qu’un téléphone ne fait pas toujours ; certains réseaux proposent une application qui remplit le même rôle.

Le triangle, où le pose-t-on, et où ne le pose-t-on pas ?

Le code de la route impose deux choses distinctes, et les confondre coûte cher. Le conducteur doit signaler l’obstacle avec ses feux de détresse et un triangle de présignalisation quand le véhicule immobilisé sur la chaussée représente un danger, en particulier près d’une intersection, d’un virage, d’un sommet de côte ou par visibilité insuffisante. Il doit par ailleurs revêtir un gilet de haute visibilité conforme dès qu’il quitte un véhicule immobilisé sur la chaussée ou ses abords après un arrêt d’urgence. Le manquement à l’une ou l’autre de ces deux obligations relève d’une contravention de quatrième classe.

Sur autoroute, la pratique diffère, et c’est ce que la plupart des tutoriels oublient d’écrire. Les opérateurs autoroutiers demandent de ne pas poser le triangle : aller le planter à bonne distance suppose de marcher sur la bande d’arrêt d’urgence, dos ou face à des véhicules lancés, pour un gain de visibilité que les feux de détresse assurent déjà.

Sur une route ordinaire, le triangle se pose. Assez loin en amont pour qu’un conducteur qui arrive ait le temps de comprendre et de ralentir, davantage encore avant un virage ou un dos-d’âne. On marche sur l’accotement, gilet sur le dos, jamais sur la chaussée, et on garde les véhicules en vue.

Que fait-on avant de toucher au cric ?

Cinq gestes, tous avant le premier coup de pompe.

  1. Mettre tout le monde en sécurité. Passagers dehors, du côté opposé à la circulation, à l’écart de la voiture. Un enfant ne reste pas dans une voiture qu’on lève.
  2. Immobiliser la voiture. Moteur coupé, frein à main serré, première engagée ou position parking, roues droites.
  3. Caler les roues. Devant et derrière une roue restée au sol, de l’autre côté du véhicule. Une pierre plate fait l’affaire à défaut de cales, un caillou rond n’en fait aucune.
  4. Tout sortir d’abord. Roue de secours, cric, clé, gilet du passager, lampe. On ne va rien chercher dans le coffre pendant que la voiture est en l’air.
  5. Débloquer les écrous roue au sol. Un quart de tour sur chacun, pas plus. Sur une roue en l’air, l’effort la fait tourner ou déplace la voiture sur le cric.

Pour débloquer, on pousse la clé vers le bas plutôt que de tirer vers le haut, tout le poids du corps dessus, sans à-coup. Un écrou qui résiste se traite avec une clé plus longue, pas avec un coup de pied qui part en glissant.

Comment se déroule le changement lui-même ?

Le cric se pose sur le point de levage prévu par le constructeur, celui qui est marqué d’une encoche sous le bas de caisse et décrit dans la notice du véhicule. Pas sur un bras de suspension, pas sur un plancher lisse. Le cric de bord est fait pour ce point précis et pour ce geste unique ; ce qu’il vaut et ce qu’il ne vaut pas est détaillé dans le comparatif entre cric rouleur et cric bouteille.

On lève juste ce qu’il faut pour que le pneu décolle, quelques centimètres, pas plus. Plus haut, la voiture est moins stable et le cric a moins de réserve.

Ensuite, un geste que peu de tutoriels citent et qui ne coûte rien : glisser la roue déposée à plat sous le bas de caisse, près du cric. Si la voiture quitte le cric, elle tombe sur la roue au lieu de tomber au sol. C’est une retenue de fortune, pas une chandelle, et elle n’autorise toujours personne à passer un membre dessous. Sous une voiture, la seule chose qui tient, c’est une chandelle posée dans les règles, ce que décrit le guide de mise sur chandelles au garage.

La suite est mécanique. On retire les écrous, on dépose la roue, on présente la roue de secours en alignant les trous, on visse les écrous à la main jusqu’au contact. On les approche ensuite en croix, un tour chacun, sans forcer : c’est ce qui centre la jante sur le moyeu. Puis on redescend, on retire le cric, et on serre en croix, fermement, roue au sol. Le serrage définitif à la valeur du constructeur se fait au retour, à la clé dynamométrique, sujet traité dans le guide pour choisir et régler une clé dynamométrique.

Avant de repartir : la roue crevée dans le coffre, le cric et la clé à leur place, les cales ramassées, le triangle repris en dernier, gilet toujours sur le dos.

Pourquoi la galette limite-t-elle la vitesse ?

La roue de secours temporaire, la galette, n’est pas un pneu de rechange. Elle est plus étroite, sa structure est allégée, et elle se gonfle à une pression nettement supérieure à celle d’un pneu ordinaire, autour de 4,2 à 4,5 bars selon les guides d’usage. Ces trois choix visent l’encombrement dans le coffre, pas la tenue de route. La conséquence est écrite sur l’étiquette de la roue : ne pas dépasser 80 km/h, et les mêmes guides situent la distance à parcourir dans une fourchette de 80 à 100 km.

Ce que ça change en conduisant se sent sur trois plans. L’adhérence est moindre, donc les distances de freinage s’allongent. La voiture devient dissymétrique, avec sur le même essieu une roue étroite et une roue normale, ce qui tire au freinage appuyé. Le diamètre différent fait tourner les deux roues à des vitesses différentes, une situation que les organes de transmission n’aiment pas sur un essieu moteur.

Le manuel du véhicule tranche le dernier point, et lui seul : certains constructeurs interdisent la galette sur l’essieu moteur. Quand c’est le cas, on permute, la roue pleine passe à l’avant et la galette part à l’arrière. Cela ne se devine pas et ne se copie pas d’une voiture à l’autre.

Un rappel qui évite l’immobilisation la plus bête : une galette se dégonfle en dormant dans son logement. Sa pression se contrôle quand on contrôle celle des autres pneus. Beaucoup de voitures récentes n’ont d’ailleurs plus de roue du tout, mais un kit anticrevaison, qui bouche une perforation dans la bande de roulement et ne fait rien du tout pour un flanc entaillé.

Ce qu’il faut retenir

L’endroit décide de tout. Sur autoroute, aucun outil ne sort : feux de détresse, gilet enfilé avant d’ouvrir la portière, sortie par la droite, refuge derrière la glissière, appel depuis une borne. Ailleurs, on se met hors de la chaussée, on cale, on débloque roue au sol, on lève juste assez, on glisse la roue déposée sous la caisse, on serre en croix roue reposée, et on refait le couple au retour. La galette ramène à la maison, elle ne fait pas le voyage. Les autres guides de la rubrique consacrée au levage traitent du matériel de garage, et l’ensemble des guides de l’atelier donne le reste.

A-t-on le droit de changer une roue sur la bande d'arrêt d'urgence ?

Les opérateurs autoroutiers demandent de ne pas le faire : cette bande sert à s'arrêter en urgence, pas à intervenir sur un véhicule. La marche à suivre est de se réfugier derrière la glissière et d'appeler depuis une borne d'appel, qui transmet la position exacte au dépanneur. Le cric reste dans le coffre.

Faut-il poser le triangle dans tous les cas ?

Le code de la route impose les feux de détresse et le triangle quand un véhicule immobilisé sur la chaussée constitue un danger, en particulier avant un virage ou un sommet de côte. Sur autoroute, les opérateurs demandent au contraire de ne pas aller le poser, parce qu'il faudrait marcher le long des voies. Le gilet, lui, se porte dans tous les cas dès qu'on quitte le véhicule.

Peut-on garder la galette jusqu'au prochain entretien ?

Non. Elle est prévue pour rejoindre un point de réparation, avec une vitesse et une distance limitées marquées sur la roue. Le pneu crevé se répare ou se remplace tout de suite, et la galette repart dans son logement, regonflée.

Que faire s'il n'y a ni roue de secours ni galette ?

Le kit anticrevaison fourni injecte un produit dans le pneu et le regonfle, ce qui règle une perforation nette de la bande de roulement. Il ne répare ni un flanc coupé ni une grosse déchirure, et le pneu traité doit être vu par un professionnel. Quand le kit ne prend pas, il reste le dépanneur.

Ce que nous avons lu

  1. Article R416-19 du code de la route (Légifrance)consulté le
  2. Comment réagir en cas de panne sur autoroute ? (APRR AREA)consulté le
  3. Peut-on changer sa roue sur l'autoroute ? (Radio Vinci Autoroutes)consulté le
  4. Roue de secours, galette, kit de secours : tout savoir (Profil Plus)consulté le

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